Une histoire du serre-joint
Le serre-joint n'a pas d'inventeur unique. Il descend de la presse à vis et du coin, puis s'est transformé avec la métallurgie et le plastique.
Une histoire sans date de naissance
Personne n'a « inventé » le serre-joint. L'outil est l'aboutissement de principes très anciens, le coin et la vis, appliqués au besoin permanent du menuisier : tenir deux pièces l'une contre l'autre pendant que la colle prend. Les dates précises n'apparaissent qu'avec l'industrie, à la fin du XIXe siècle. Pour la période antérieure, les sources décrivent des outils, rarement leur origine. Ce qui suit distingue ce qui est documenté de ce qui relève de l'hypothèse.
Repères chronologiques
| Période | Étape | Degré de certitude |
|---|---|---|
| Antiquité gréco-romaine | Presses à vis pour le vin et l'huile, décrites notamment par Héron d'Alexandrie au Ier siècle | Bien documenté |
| Moyen Âge et époque moderne | Presses et serrages en bois à vis taillées, coins, cordes | Usage attesté, origines imprécises |
| 1769-1775 | Roubo publie L'Art du menuisier, qui décrit les outils de serrage de l'atelier | Bien documenté |
| XIXe siècle | Vis métalliques fabriquées en série, serre-joints en fonte et en fer | Documenté, dates variables selon les pays |
| 1889 | Fondation de l'entreprise Bessey en Allemagne | Bien documenté |
| Vers 1989-1990 | Lancement du serre-joint rapide à une main Quick-Grip par American Tool Companies | Bien documenté, année exacte variable selon les sources |
| Années 1990 et 2000 | Diffusion des serre-joints parallèles et des corps en matériaux composites | Tendance générale, sans date unique |
La vis et le coin
Le coin est le plus ancien moyen de serrage : chassé entre une pièce et un appui fixe, il produit une pression considérable avec un simple maillet. Le principe survit dans la presse à coins que l'on peut encore fabriquer soi-même. La vis, elle, est documentée dans les presses à vin et à huile du monde gréco-romain. Il est probable que les menuisiers aient adopté très tôt la vis en bois pour leurs presses, mais les témoignages directs sur les premiers serre-joints manquent.
Le sergent du menuisier
Dans la menuiserie française, l'outil de serrage à barre porte longtemps le nom de sergent, un terme encore employé par certains artisans. Au XVIIIe siècle, André-Jacob Roubo publie L'Art du menuisier (1769-1775), l'une des descriptions les plus complètes du métier à cette époque, où figurent les outils de serrage de l'atelier. Les presses entièrement en bois, à deux vis, sont les ancêtres directs du serre-joint en bois et de la presse à main encore fabriquée aujourd'hui. Nous ne disposons pas d'une date fiable pour la première apparition du mot serre-joint lui-même ; son explication est donnée sur la page orthographe de serre-joint.
Le fer, la fonte, puis l'acier
Au XIXe siècle, la fabrication en série de vis métalliques change l'outil. Le serre-joint en C, d'une seule pièce en fonte ou en fer forgé, se généralise dans les ateliers de mécanique et de forge. Le serre-joint à rail avec mâchoire coulissante, ancêtre du serre-joint de menuisier et du dormant, se répand ensuite, avec une mâchoire mobile bloquée par arc-boutement sur une barre d'acier plat.
C'est dans ce contexte industriel que naissent les fabricants actuels. Bessey est fondée en 1889 en Allemagne ; selon l'histoire publiée par l'entreprise, son activité première portait sur la transformation de l'acier, et les serre-joints sont devenus son métier principal par la suite. Aux États-Unis, l'Adjustable Clamp Company, qui commercialise les marques Jorgensen et Pony, est fondée à Chicago au début du XXe siècle. En Espagne, Piher et Urko développent plus tard des gammes à rail forgé qui concurrencent aujourd'hui les modèles allemands.
Le serre-joint rapide
La rupture suivante est ergonomique. Vers 1989-1990, American Tool Companies, déjà connue pour les pinces-étaux Vise-Grip, lance le Quick-Grip : un serre-joint à rail qui avance par pressions successives sur une gâchette et se pose d'une seule main. La marque passe ensuite sous le nom Irwin, après le rachat d'American Tool par le groupe Newell au début des années 2000. Le format est repris par la plupart des fabricants et devient le serre-joint rapide que l'on trouve aujourd'hui dans tous les rayons. Les détails de la gamme actuelle sont sur la page serre-joint Irwin.
Composites et mâchoires parallèles
À partir des années 1990, deux évolutions se diffusent sans date unique. D'une part, les corps et poignées en plastique renforcé allègent les serre-joints rapides et les serre-joints à ressort. D'autre part, les serre-joints parallèles, dont les larges mâchoires restent à 90° sous charge, s'imposent pour l'assemblage de caissons. Les fabricants ont aussi introduit des mécanismes intermédiaires, comme le serre-joint à pompe, qui combine approche rapide et serrage fort.
Ce qui n'a pas changé
Malgré ces évolutions, le principe du serre-joint à vis reste celui du XIXe siècle : un rail, une mâchoire qui s'arc-boute, une vis. Les modèles haut de gamme d'aujourd'hui en diffèrent surtout par la qualité de l'acier, la précision des mâchoires et la section du rail, comme le montre le comparatif Bessey ou Piher. D'autres pages de culture générale sont regroupées dans la rubrique conseils.
Qui a inventé le serre-joint ?
Personne en particulier : l'outil découle de la presse à vis et du coin, connus depuis l'Antiquité, et a évolué dans les ateliers sur des siècles. Seules certaines variantes modernes ont une origine identifiable, comme le serre-joint rapide Quick-Grip lancé vers 1989-1990.
Depuis quand Bessey fabrique-t-il des serre-joints ?
L'entreprise a été fondée en 1889 en Allemagne, mais les serre-joints ne sont devenus son activité principale que plus tard. Pour une date précise de début de fabrication, reportez-vous à l'historique publié par le fabricant.
Que signifie sergent en menuiserie ?
C'est l'ancien nom français de l'outil de serrage à barre du menuisier, proche du serre-joint actuel. Certains artisans l'emploient encore, et on le trouve dans les ouvrages anciens sur le métier.